Originaire d'Amiens, je suis passée ensuite par l'Université du Montana (USA), Berlin, Grenoble et Luxembourg. Après des études de droit et une spécialisation dans les questions européennes, il était temps de se mettre au travail. Me voilà donc désormais à Bruxelles, où je travaille au Parlement européen en tant qu'assistante parlementaire.
Pour achever cette rapide description, j'ajoute que mes occupations préférées sont avant tout sportives, à travers la pratique du triathlon et du football notamment.
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Ainsi dans un billet explicite, "Pourquoi il ne faut en aucun cas faire de référendum sur le traité de Lisbonne", Jean Quatremer fait valoir que le nouveau traité étant différent de la défunte Constitution (voir sur cette question "un référendum silencieux"), le passage par la voie du référendum ne s'impose en aucune manière : "Rien, ni le droit, ni la raison n'impose d'avoir recours à un nouveau référendum à partir du moment où le texte n'est juridiquement plus le même".
L'argumentation quitte ensuite le plan juridique pour se concentrer sur la finalité du référendum. Selon Jean Quatremer, les tenants du référendum sont automatiquement des nonistes : "On voit dès lors quel est l'objectif des tenants du référendum : appeler à voter non pour en finir avec "l'Europe" (version droite souverainiste) ou avec "l'Europe libérale" (version gauche souverainiste)". Dans le souci de préserver la construction européenne - qui serait, il est vrai, très fortement fragilisée par un deuxième non français - il ne faut donc pas faire de référendum. Un tel souci est, selon moi, louable mais sauve-t-il en lui-même l'argumentation ?
Ce n'est pas l'avis de Marianne, qui ramène le débat sur la "démocratie" : "Peut-on revenir sur le choix du peuple sans le consulter ? C'est une question de démocratie, la seule qui se pose aujourd'hui, et à laquelle on ne peut répondre en prêtant des desseins cachés à ceux dont on suppose qu'ils ne vont pas bien voter".
On en revient toujours au même problème : le principe même du recours au référendum. Est-il un outil adéquat, en particulier pour les questions européennes ? Relisons à ce propos les considérations de Jean-Louis Bourlanges, député européen jusqu'à la fin de cette année :
"S'agissant du référendum : moi j'étais très hostile à ce qu'on nomme le TCE, qui avait exactement la même valeur juridique que ces prédécesseurs, une constitution. Je disais comme Jacques Delors : 'il vaut mieux un bon traité qu'une mauvaise constitution'. Et à partir du moment où l'on a nommé cela 'constitution', on a dit : 'il faut un référendum'. Mais ce qui rend très difficile le référendum c'est que la question ne peut pas être posée dans sa clarté. Les deux choses qui ont et qui vont animer la campagne - mais je comprends tout à fait, ce sont deux passions démocratiques comme dit Tocqueville, mais légitimes - c'est : est-ce que je suis pour ou contre le gouvernement et est-ce que je suis pour ou contre la construction européenne. Bon. Mais ce n'est pas la question qui serait posée ! La question du traité c'est de savoir si l'on ratifie le traité de Lisbonne. Et ça veut dire quoi ? Ça veut dire que si l'on posait la question honnêtement - mais c'est bien évidemment impossible de la poser en ces termes - la question devrait être : Est-ce que vous préférez le traité de Nice [cochez] ou est-ce que vous préférez le traité de Lisbonne [cochez] ? Parce que si le traité de Lisbonne n'est pas ratifié, c'est le traité de Nice. Donc c'est une question extraordinairement circonscrite ! Et le référendum en revanche est une consultation qui est illimitée dans ses implications politiques".
Une solution ? le référendum européen.
Photos: europa.eu
Publié par floe26 à 11:17:09 dans Actualité | Commentaires (0) | Permaliens
Derk-Jan Eppink, ancien membre du cabinet du Commissaire européen Frits Bolkestein, publie "Life of a European Mandarin, Inside the Commission". Il y raconte son expérience de "mandarin", c'est-à-dire haut fonctionnaire, à la Commission européenne.
"La Princesse" : tel est le surnom donné par Derk-Jan Eppink à la Commission européenne. Son engagement auprès d'elle, tel est le récit qu'il nous relate. A la fois effrayant et captivant.
Effrayant parce que dans un système institutionnel intégré d'une dimension internationale sans précédent, on se dit que leur monde est en fait bien petit. Les enjeux se jouent de part et d'autre d'un couloir, nous raconte l'auteur.
Au moins ces luttes de pouvoir internes servent à démontrer qu'il y a bien là un pouvoir. Un pouvoir dont les populations européennes ne se rendent pas compte, aiment à se répéter les mandarins. De fait, un large fossé sépare l'élite européenne de la population, explique Derk-Jan Eppink, tant dans la perception actuelle de l'Union que dans ses perspectives d'avenir. Un exemple : la Turquie. Se réfugiant derrière le fait que le processus d'adhésion est lancé, Bruxelles ne questionne pas le principe même de son adhésion, alors même qu'elle perturbe beaucoup de citoyens européens, fait valoir l'auteur.
Effrayant d'aveuglement. Certes l'aveuglement bruxellois est plus facile à dénoncer maintenant que les référendums français et néerlandais de 2005 l'ont révélé au grand jour. Mais ici, on l'observe concrètement, raconté par un ancien collaborateur du Commissaire européen Frits Bolkestein : on apprend ainsi comment un "point A" * de la Commission attire des milliers de personnes dans la rue en France.
Effrayant car l'auteur, honnêtement et ironiquement, nous raconte comment il a lui-même pris part au petit manège qu'il dénonce au fil du livre. But de la démonstration : pour être efficace au sein de la Commission, et plus largement dans le système institutionnel européen, il faut en accepter les pratiques. Le maître mot de la réussite, selon Derk-Jan Eppink : l'hypocrisie.
Captivant, le récit l'est tout autant. Désordonné mais rafraîchissant, c'est l'attachement au quotidien, à l'anecdote qui lui confère son intérêt. Il en perd au contraire lorsqu'il s'attarde sur des chemins plus théoriques, qui réclament une argumentation prolongée.
Souvent ironique, le ton évite pourtant la condescendance grâce à l'honnêteté de l'auteur, qui s'implique tout au long du récit. Le lecteur est donc mis en position de juger, et pour cette raison il ne devrait pas se passer de cette lecture.
* "point A" : point sur lequel les directions générales de la Commission se sont mises d'accord et qui ne nécessite donc pas de discussion prolongée au sein du collège des commissaires.
Derk-Jan Eppink is a former member of the cabinet staff of the European Commissioner Frits Bolkestein. He tells his life as a mandarin, i.e. a senior administrator, in the European Commission in "Life of a European Mandarin, Inside the Commission".
"The Princess" : that is the surname given by Derk-Jan Eppink to the European Commission. His story with the Princess, that's what he tells us. It is both alarming and impelling.
Alarming because this is the world's most far-reaching attempt of a transnational integrated political system, yet, reading Derk-Jan Eppink, we find their world very small. Issues oppose one side of the corridor to the other side, he explains.
At least these internal struggles for power reveal one thing: that there is indeed some power to gain in the European corridors. A power that the European citizens are not aware of, fancy the mandarins. Indeed there is a great gulf between the European elite and the European people, both on the issues of what should be the EU now and what should it be twenty years on, recounts Derk-Jan Eppink. One exemple : Turkey. Burying themselves under the fact that the Turkish accession process is already under way, European mandarins do not question the very principle of this accession, even though it disturbs many European citizens, he explains.
An alarming blindness. True, it is easier to denounce Brussels' blindness now that the French and Dutch referenda have put it on display. But in this book, we get to observe it concretely, outlined by a former member of the cabinet staff of the European Commissioner Frits Bolkestein : we thus learn how a "A-point" * for the Commission brought thousands of people on the streets in France.
Alarming because the author honestly and ironically tells us how he himself took part in the very game he denounces throughout the book. Point of the argument : to be efficient inside the Commission, and broadly speaking in the European sphere, one has to learn its art. The key for success, according to Derk-Jan Eppink: hypocrisy.
As much as it is alarming, this story is impelling. Quite sloppy sometimes but thus refreshing, it is the story of a European routine. The relevance of the book comes from this routine, not from the dispersed theoretical considerations, which lack of a sound reasoning.
Often ironic, the author yet avoids any superior feelings thanks to his honesty. He puts himself out there all along. Therefore the reader is able to judge, and for this reason he should not do without this reading.
* "A-point" : an A-point dossier has been agreed upon at the directorates general level and therefore does not require much discussion among the College of Commissioners.
Derk-Jan Eppink, Life of a European Mandarin, Inside the Commission, lannoo, 2007.
Publié par floe26 à 10:26:16 dans Livres | Commentaires (1) | Permaliens
Le discours de Nicolas Sarkozy devant le Parlement européen hier vient éclairer le débat tenu ici sur la ratification du traité de Lisbonne, en offrant une justification au passage par la voie parlementaire.
Nicolas Sarkozy était hier devant le "cœur démocratique de l'Europe". Il était venu présenter le programme de la présidence française du Conseil européen au second semestre 2008 lors de l'assemblée plénière du Parlement européen à Strasbourg (discours ici).
Il l'a confirmé, la ratification du traité de Lisbonne ne passera pas en France par la voie du référendum mais par la voie parlementaire. Sa justification? La voici :
"La politique, c'était de proposer aux Français qui avaient voté « non » de négocier un traité simplifié pour débloquer l'Europe et de faire ratifier ce choix par le Parlement, comme je l'avais dit lors de la campagne présidentielle. J'ai été autorisé par le peuple français à faire ratifier le traité simplifié par le parlement. J'ajoute qu'il me semble curieux de dire que le Parlement Européen est l'endroit où bât le coeur démocratique de l'Europe, et contester qu'une ratification parlementaire soit démocratique, parce que si l'Europe est démocratique au Parlement Européen, la France est démocratique au Parlement Français".
Explicitons le syllogisme de Nicolas Sarkozy :
Dans un système politique régi à la fois par la légitimité du suffrage universel et la démocratie représentative, la validité de ce syllogisme peut difficilement être niée.
Néanmoins, deux détails viennent complexifier l'affaire.
D'où cette question : Peut-on considérer que l'élection de Nicolas Sarkozy efface le refus exprimé par référendum?
J'avoue que je ne sais comment y répondre...
Photo: Parlement européen
Publié par floe26 à 17:03:37 dans Actualité | Commentaires (0) | Permaliens
Candide était celui qui croyait ne plus entendre cette expression après les houleuses mais bénéfiques explications de mai 2005. Tous les raccourcis et lâchetés que portaient ces quelques mots n'ont pourtant pas disparus.
Les raccourcis étaient journalistiques, les lâchetés politiques. Si les secondes semblent se faire un petit peu plus discrètes, les premiers résonnent toujours à nos oreilles.
Retour à jeudi dernier, fin d'après-midi. Dans la voiture pour plusieurs heures, j'écoute le journal d'Europe 1. Les titres : « 2 morts dans une fusillade. Grenoble ressemble à Chicago » (premier raccourci assez facile), « Pénurie de fuel, c'est la faute à Bruxelles ». Bon. Attendons les explications.
Malheureusement, elles étaient assez confuses. On comprend toutefois qu'une nouvelle norme européenne modifie les exigences relatives au fuel et que les distributeurs doivent donc s'adapter. Où est la pénurie ?
D'explications sur les raisons de cette nouvelle norme, sur la position des Etats membres (par exemple de
Certes il n'y aura pas cette fois de référendum. Mais les erreurs du passé ne méritent pas pour autant d'être répétées. Informer correctement sur l'Europe reste la première des priorités.
Publié par floe26 à 16:31:05 dans Opinions | Commentaires (2) | Permaliens
Passons sur les compromis et autres dérogations qui ont permis la signature du traité par l'ensemble des chefs d'Etat et de gouvernements européens. Intéressons nous plutôt au devenir de ce traité. Car après tout, le traité constitutionnel lui aussi avait été signé par tous les pays membres de l'Union.
Le traité de Lisbonne remplace le traité constitutionnel. Pour autant, il n'est pas un traité constitutionnel. Là est d'ailleurs toute la subtilité du stratagème, ainsi que nous l'explique ce week-end Valéry Giscard d'Estaing dans une lettre ouverte au journal Le Monde: "Dans le traité de Lisbonne, rédigé exclusivement à partir du projet de traité constitutionnel, les outils sont exactement les mêmes. Seul l'ordre a été changé dans la boîte à outils. La boîte, elle-même, a été redécorée, en utilisant un modèle ancien, qui comporte trois casiers dans lesquels il faut fouiller pour trouver ce que l'on cherche. (...) Le mot "Constitution" et l'adjectif "constitutionnel" sont bannis du texte, comme s'ils décrivaient des maladies honteuses".
Pourquoi ce toilettage "déconstitutionnalisant" ? Lisons à nouveau VGE : "Le texte des articles du traité constitutionnel est donc à peu près inchangé, mais il se trouve dispersé en amendements aux traités antérieurs, eux-mêmes réaménagés. On est évidemment loin de la simplification. Il suffit de consulter les tables des matières des trois traités pour le mesurer ! Quel est l'intérêt de cette subtile manoeuvre ? D'abord et avant tout d'échapper à la contrainte du recours au référendum, grâce à la dispersion des articles, et au renoncement au vocabulaire constitutionnel".
Rappelons que VGE était le président de la Convention chargée de rédiger le traité constitutionnel. D'où le paragraphe suivant: "Mais c'est aussi, pour les institutions bruxelloises, une manière habile de reprendre la main, après l'ingérence des parlementaires et des hommes politiques, que représentaient à leurs yeux les travaux de la Convention européenne. Elles imposent ainsi le retour au langage qu'elles maîtrisent et aux procédures qu'elles privilégient, et font un pas de plus qui les éloigne des citoyens".
Résumons: face à l'échec du traité constitutionnel, les responsables européens ont décidé de régler le problème institutionnel de l'UE par un nouveau texte, le traité de Lisbonne. Echaudés par les référendums négatifs français et néerlandais, ils veulent cependant éviter des ratifications par la voie du référendum, au moins dans les pays où le résultat risque d'être négatif. Pour cela ils choisissent d'ôter l'habillage constitutionnel du traité, tandis que le contenu reste quasiment identique. Ainsi, ils expliquent à leurs citoyens que le traité n'étant pas le même, un référendum ne s'avère pas nécessaire.
Conclusion: soit l'unique raison d'être des référendums était l'habillage constitutionnel du traité, soit l'argumentaire relève de la mauvaise foi.
La première proposition ne résiste pas à l'analyse. L'habillage constitutionnel était en effet hautement symbolique et d'une portée juridique quasi nulle. En outre, le toilettage de Lisbonne n'emporte de fait aucune conséquence en la matière: le drapeau européen reste le symbole de l'Union, l'hymne à la joie de Beethoven reste l'hymne de l'Union, etc.
Reste la seconde possibilité: la mauvaise foi. Seul le Premier ministre irlandais, Bertie Ahern, ne tombe pas dedans: il reconnaît que 90% du traité constitutionnel se retrouve dans le traité et justifie ainsi sa décision, pour l'instant isolée, d'organiser un référendum de ratification.
La décision d'éviter la voie du référendum n'est pas en soi condamnable, du moins cela mérite d'être discuté, mais c'est la justification qui est mauvaise. En France et aux Pays-Bas, la seule justification crédible serait d'expliquer qu'organiser un référendum en 2005 n'était pas nécessaire et qu'une ratification parlementaire était plus à propos. Pas sûr que les Français et les Néerlandais soient d'accord. Une fois qu'on y a goûté...
Face au peu d'émotions que suscitent ces considérations, Valéry Giscard d'Estaing est donc venu mettre son petit grain de sel. Il a été accompagné par The Economist, qui propose dans son éditorial de cette semaine une analyse clairvoyante d'un processus qui l'est beaucoup moins.
Photos: EUobserver et The Economist.
Publié par floe26 à 18:48:00 dans Actualité | Commentaires (2) | Permaliens
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